Petit manuel de survie par Oskar Freysinger
Un homme est assis au bord de la mer et médite sur sa vie. Il est lassé des projecteurs de la politique et des faisceaux de lumière du monde médiatique. Neuf mois le séparent des élections. Une éternité pour celui qui doit traverser l’enfer. Afin de se préserver du désespoir qui le gagne, il écrit. De courtes notes, des pensées saisies au vol, des observations et de plus en plus de poèmes. Une matière brute destinée à servir de base à un livre à venir. Ce travail rédactionnel l’accompagnera jusqu’à la fin abrupte et brutale de son parcours politique et permettra sa renaissance en tant qu’être humain.
Cet homme s’appelle Oskar Freysinger. Il fut fondateur de parti, parlementaire fédéral et membre du gouvernement d’un canton alpin, vécut une campagne électorale qu’il aborda comme le Titanic fonçant sur son iceberg et … y survécut.
Dans ce livre, il rend compte d’une plume décomplexée, drôle et lucide de sa mise à mort publique et de l’art de cultiver des roses sur la fumassière de la politique.
Fin juin 2016. Je suis assis au bord de la mer, sur une plage corse. Éreinté par la lourdeur de ma charge gouvernementale, je me réjouis des quelques semaines de repos qui devraient me permettre de me ressourcer, si rien de fâcheux ne vient les perturber comme ce fut trop souvent le cas par le passé.
Mais ce qui me rend particulièrement heureux, en cet instant, c’est que durant la traversée nocturne en ferry depuis Savone, il m’a été donné de vivre un évènement exceptionnel pour un poète. Bercé par une mer légèrement agitée, j’ai rêvé que j’écrivais un poème. Or, chose absolument exceptionnelle, j’avais encore en mémoire à mon réveil les trois quarts du texte. Je notai immédiatement sur un bout de papier les vers conservés, afin de les compléter plus tard. C’est à cette fin que je suis assis là, sur la plage déserte, à mi-chemin entre le roulement des vagues et le chant des cigales peuplant la forêt de pins qui borde le littoral. En raison de la métrique et des rimes, le texte du poème est assez facile à reconstituer. Pendant que j’y travaille, je constate que le rythme du texte reflète parfaitement le mouvement immuable de la mer. Il faudra que j’en fasse une chanson, un de ces jours.
C’est la septième année que je viens en Corse avec ma famille. Bien que mes enfants soient adultes, tous les trois viennent encore régulièrement passer quelques jours avec nous. Notre fille de cœur se joint presque chaque année à eux.
Oskar Freysinger
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